Au-delà des symptômes : et si la guérison passait par le sens ?

Dans le paysage contemporain de la santé mentale et physique, la priorité semble souvent donnée à la disparition rapide des symptômes. Qu’il s’agisse d’une anxiété persistante, d’un trouble du sommeil, d’une douleur chronique ou d’un état dépressif, l’attention est fréquemment portée sur le « quoi », sur ce qui ne va pas, sur ce qu’il faut neutraliser. Médicaments, protocoles, stratégies comportementales : tout est orienté vers la réduction du symptôme, vers l’efficacité mesurable, vers le retour à un fonctionnement « normal ».

Mais une question plus profonde demeure en arrière-plan, rarement posée : pourquoi ce symptôme est-il là ? Que cherche-t-il à dire, à révéler, à protéger ou à éveiller ? Et si le symptôme n’était pas seulement un dysfonctionnement à éliminer, mais un signal, une tentative de l’âme ou du corps de communiquer une vérité plus enfouie ? Dans cette perspective, la guérison ne consisterait pas seulement à faire taire le symptôme, mais à en écouter le langage, à en comprendre le sens, à en accueillir le message.

La notion de sens ouvre une autre voie, plus intérieure, plus lente aussi, mais souvent plus durable. Elle suppose que la souffrance n’est pas toujours un simple accident biologique ou psychologique, mais parfois une réponse adaptative, un cri, un appel à se réorienter. Un corps qui somatise, une émotion qui déborde, une crise qui s’impose… tous ces phénomènes peuvent devenir des portes vers une compréhension plus fine de soi-même, si l’on prend le risque d’aller au-delà de la surface.

Beaucoup de thérapeutes le constatent : certains symptômes persistent malgré les traitements les plus rigoureux, tandis qu’ils s’apaisent parfois dès lors qu’un sens personnel commence à émerger. Ce sens peut être intime, existentiel, spirituel. Il peut venir révéler un conflit intérieur, un besoin non entendu, une fidélité inconsciente à une histoire familiale, ou encore une perte de lien avec ses propres désirs profonds. Dans cette approche, la guérison n’est pas uniquement un soulagement physique ou psychique : elle est une reconnexion à soi, une réconciliation entre ce que l’on vit et ce que l’on est.

Évidemment, cela ne signifie pas qu’il faut rejeter les outils médicaux ou psychologiques classiques. Ils sont souvent nécessaires, parfois vitaux. Mais on peut les inscrire dans une démarche plus globale, plus holistique, qui reconnaît que l’humain n’est pas réductible à un ensemble de mécanismes, mais qu’il est aussi porteur de sens, de mémoire, de mystère. Ainsi, le symptôme n’est plus seulement un ennemi à combattre : il devient un guide, un point d’entrée, une invitation à comprendre ce qui, en soi, appelle à être vu, entendu, transformé.

Cette manière d’aborder la guérison demande du temps, de l’écoute, et une forme d’humilité. Elle remet en question le modèle du patient passif qui attend une solution extérieure. Elle invite à devenir acteur de sa propre traversée, à se mettre en mouvement intérieur. Et ce mouvement-là, quand il naît du sens retrouvé, a le pouvoir de faire plus que soulager : il peut restaurer une direction de vie, une cohérence, une lumière.

C’est peut-être cela, le cœur d’une thérapie qui soigne vraiment : non pas colmater les fuites, mais aider la personne à redevenir l’auteur de son propre récit. Accompagner, non pour faire taire la douleur à tout prix, mais pour en déchiffrer le langage et ouvrir, à travers elle, un chemin de croissance. Car au fond, ce que beaucoup cherchent dans la guérison, ce n’est pas seulement un mieux-être, mais une vérité à retrouver : celle de leur être profond, libéré de ses fuites, relié à ce qui compte vraiment.

Dans cette perspective, la question centrale n’est plus seulement « que supprimer ? », mais « que comprendre ? », « que transformer ? », « à quoi suis-je appelé ? ». Ce changement de regard peut sembler subtil, mais il est radical. Il réintroduit la conscience, le sens, et même la dimension spirituelle dans le processus thérapeutique. Et parfois, ce sens découvert, même au cœur de la douleur, suffit à allumer une étincelle de paix.